Solidarité Sida
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Dakar a accueilli la 15e conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA) du 3 au 7 déce mbre 2008. De nombreux partenaires africains soutenus par le Fonds Solidarité Sida Afrique ainsi que les équipes des programmes internationaux de Solidarité Sida se sont retrouvés à cet incontournable rendez-vous de la lutte contre le sida.

Avec comme toile de fond l’accès universel aux traitements et aux soins, la 15ème CISMA s’était fixé comme premier objectif d’offrir un espace d’échanges d’expériences et de visions entre pays africains face à l’épidémie de sida. Les organisateurs entendaient cependant dépasser le cadre du simple constat pour élaborer des propositions concrètes en faveur d’une stratégie sanitaire coordonnée à l’échelle internationale, notamment selon un axe de solidarité Nord-Sud.



La prise en compte du genre dans les programmes de lutte contre le sida a donné lieu à une intervention remarquée d’Hakima Himmich, présidente de l’ALCS au Maroc, qui a mis en exergue la réelle nécessité d’adapter les réponses face à l’épidémie de VIH en fonction du genre.

Les femmes représentent aujourd’hui près de 60% des PVVIH en Afrique subsaharienne. Elles sont, pour des raisons biologiques, particulièrement exposées au virus. À cette fragilité de fait s’ajoutent des facteurs économiques et sociaux (analphabétisme, accès réduit aux formations professionnelles, lois sur l’héritage…) qui grèvent leur capacité d’autonomie sur le plan économique. En cas de divorce ou de veuvage, elles peuvent être poussées à monayer leurs rapports sexuels pour subvenir financièrement à leurs besoins et du fait d’une relation rémunérée elles sont moins à même de négocier le port du préservatif avec leurs partenaires. Les violences sexuelles subies dans le cadre conjugal, familial voire scolaire comptent parmi les facteurs aggravants de vulnérabilité face à l’épidémie de sida, au même titre que la persistance de certaines traditions comme la polygamie ou le lévirat (union d’une veuve avec le frère du mari défunt). En outre, le risque de transmission lié aux actes de soins est accru pour les femmes à l’occasion des grossesses et des accouchements.

Cette fragilité tient également à un accès limité aux messages de prévention. Dans certains contextes, parler de sexualité n’est pas l’affaire des femmes ; le choix de leur sexualité l’est encore moins, d’autant plus avec leur devoir social de procréation. En 2006, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, 80% des femmes étaient incapables d’identifier correctement les modes de transmission du VIH, et donc d’adopter les comportements préventifs nécessaires.

Fait paradoxal, les femmes sont très impliquées dans les associations communautaires. Preuve en est, les ONG panafricaines de lutte contre le sida comme SWAA ou la Global Coalition on Women and Aids ont été créées à l’initiative de femmes. Les raisons en sont simples. Au sein du foyer, ces dernières assument de lourdes responsabilités familiales accentuées en cas de décès de leurs maris. Soucieuses de la santé de leurs enfants, ce sont elles qui leur prodiguent des soins en cas d’infection. Elles ont ainsi assumé, depuis le début de la lutte, un rôle primordial au sein des communautés en s’organisant face à la maladie pour apporter un soutien à celles et ceux dont la vie est nouvellement affectée par le VIH.
Des études démontrent par ailleurs que le lien avec le milieu médical est plus évident pour les femmes. Cela se traduit notamment par une attitude plus sociable lors d’échanges avec le personnel soignant et favorable au suivi psychosocial des malades. Elles respectent des rendez-vous de consultation, font preuve d’une attitude altruiste en matière de dépistage et de soins. La qualité de cette relation a encouragé la mise en place d’activités spécifiques, comme la prévention de la transmission mère-enfant, amenant nombre d’entre elles à se faire dépister au moment de leur grossesse et à accéder aux traitements avec plus de facilité. De leur côté, les associations ont mis en place des activités génératrices de revenus visant à autonomiser les femmes sur un plan économique.

La considération du genre dans la lutte contre le sida apparaît aujourd’hui comme indispensable pour combattre l’épidémie et faire évoluer les comportements en Afrique. Dans des sociétés patriarcales, la prévention ou le dépistage s’opposent encore aux idéologies en vigueur. La prise en charge est aujourd’hui vécue par les femmes comme une forme de prise de pouvoir au sein du foyer leur donnant un véritable contre-poids. Elle doit être à ce titre fermement encouragée et soutenue.